La trahison silencieuse

Société
Il existe peu de coups de poignard aussi discrets et aussi violents que celui-ci. Tu penses à une vieille connaissance, quelqu'un que tu n'as pas croisé depuis des mois. Tu tapes son nom, tu arrives sur son profil, tout va bien… et là, ton regard tombe sur le bouton. Pas « Message ». Pas « Ami ». Non. « Ajouter comme ami ».

Blanc total. Ton cerveau se fige exactement comme ce visage devenu légendaire — les yeux écarquillés, la mâchoire relâchée, l'expression de quelqu'un qui vient d'encaisser une nouvelle impossible à traiter. Parce que ce petit bouton dit tout : à un moment, sans un mot, sans préavis, cette personne t'a retiré. Ou pire, Facebook a bugué et tu ne le sauras jamais.

Et commence alors le grand interrogatoire intérieur. Quand ? Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Est-ce ce commentaire de 2019 ? Le like oublié ? Le silence radio réciproque qui a mal tourné ? Tu ne sauras rien. Juste ce bouton, froid, définitif, qui te renvoie au rang de parfait inconnu.

C'est ça, le drame moderne résumé en une image : on peut disparaître de la vie de quelqu'un d'un simple clic, et ne l'apprendre que des mois plus tard, en fixant un écran, la bouche grande ouverte.

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